[« Je ne suis pas féministe, mais… », cette expression est évoquée par Christine Delphy en 1985.
Phrase rituelle que beaucoup de femmes ont pu prononcer un jour, par peur d’employer un mot stigmatisé, mais pour s’autoriser quand même à exprimer un désir d’égalité.]

 

Il était une fois – (mais c’est quoi, cette intro?!?) – une petite fille qui aimait jouer aux poupées ou aux Barbie mais de façon « réelle » et non pas en imitant les princesses vues trop de fois, dans les contes. Ses poupées à elle, elles allaient à l’école, elles conduisaient des voitures, elles travaillaient, elles faisaient la fête entre filles et n’avaient pas besoin de Ken, pour « survivre » ; elles avaient une vie totalement différente de la vie supposée parfaite des princesses aux longs cheveux.

Adolescente, cette fille se pose des questions sur les inégalités qu’on connaît toutes et tous : « Être un garçon, c’est tellement mieux! Pourquoi moi, je dois m’épiler? Pourquoi moi, je suis ennuyée, une semaine par mois? Pourquoi moi, je ne peux pas porter ce que je veux? Pourquoi moi, je traverse la rue sous les sifflements? Pourquoi moi, je dois me défendre de certaines remarques? … »

Aujourd’hui, la petite fille a grandi ; j’ai grandi mais ces questions sont restées sans réponse et d’autres réflexions sont venues s’y ajouter. L’image de la femme m’écœure, que ce soit au cinéma, dans les magazines, dans les journaux, cette façon systématique de les dénuder, de les considérer comme objet de tentation. Je veux être égale à l’homme, être considérée comme un être humain, simplement.

Dans mon monde de je-ne-suis-pas-féministe-mais parfait, je boirais de la bière, normalement. Je choisirais celle que je veux et je n’aurais plus à répondre à cette fameuse question « Tu veux une bière fruitée? ». Ou mieux, on ne me regarderait plus avec un air étonné quand je commanderais une brune forte. Dans ce monde, le serveur, en fin de soirée, ne nous proposerait plus le « ne me dites rien, je devine » et filerait mon digestif à un ami alors que moi, je récupérerais son café gourmand… Ou encore, je ne me changerais plus avant de sortir en ville, craignant les regards insistants sur mes jambes dénudées.
Je ne devrais plus me retourner et insulter les hommes violemment car ceux-ci ne me toucheraient plus sans ma permission. Je ne devrais plus baisser les yeux, en passant le long d’un chantier. Je ne me sentirais plus coupable de ne pas aimer passer l’aspirateur, de ne pas avoir envie de préparer un bon repas ou de ne pas vouloir d’enfant trop tôt.

 

Dans mon monde idéal, je n’aurais plus à écrire ce genre d’article…

 

Elle vécut heureuse, indépendante, sans se sentir vraiment féministe (mais)!

 

« Hé bien non, toi, aujourd’hui, t’as tous les droits, tu peux tout être, chef d’entreprise, épicière, artiste, astronaute, pourquoi pas? Qui est-ce qui a dit que tu ne pouvais pas viser les étoiles? Alors tu sais quoi? Désormais les poupées, là, les souris, les gonzesses, les cailles, les morues, les donzelles, les bourgeoises, les pisseuses, les grues, les dindes, les bécasses, les punaises, les poules, les cocottes, les bobonnes, les mémères, les bibiches, les rombières, les bougresses, les gourdes, les garces, les traînées, les marie-couche-toi-là, les saintes-nitouches, les potiches, les godiches, les cruches, les pimbêches, les cagoles, les emmerdeuses, les gamines, les midinettes, les blondasses, les radasses, les poufiasses, les pétasses et les connasses, on relève le museau et on se fait appeler « Madame »! »
Madame FORESTI